HISTOIRE

A. LE TCHAD D'HIER

1) Période précoloniale


Dans le Nord, les peintures rupestres de l'Ennedi et du Tibesti montrent que des chasseurs et des éleveurs ont vécu au bord des fleuves sahariens avant la fondation, au IXe siècle, de l'Empire du Kanem qui avait fini par contrôler les caravanes transsahariennes et étendre son autorité, au Xllle siècle, sur le Bornou au Sud-ouest du Lac Tchad; les Toubous du Borkou avaient une influence jusqu'au Lac Tchad.

A l'Est du Lac Tchad, il y avait le Royaume du Baguirmi fondé au XVIe siècle et le Sultanat du Ouaddaï, tous deux islamisés au XVIe siècle.
Tous ces royaumes étaient en luttes perpétuelles entre eux. Ce fut donc dans un pays désolé que Rabah s'installa après avoir conquis le Baguirmi en 1892 et fondé sa capitale Dikoa en 1894.

2) Période coloniale

Rabah décida d'entrer en guerre contre la France. Trois missions françaises ont été envoyées au Tchad:

- la première était partie d'Alger avec le commandant Lamy et un colon algérien Fourreau; - la deuxième a été envoyée du Soudan avec Jaolland et Meynier; - la dernière (3e) du Congo avec Emile Gentil.

Le commandant Lamy et Rabah furent tués le 22 avril 1900 à Kousseri (Cameroun). Les hostilités se prolongèrent encore pendant 15 ans au Nord avec les Toubous, à l'Est avec les populations du Ouaddaï. Le ralliement du Ouaddaï eut lieu en 1913 et la soumission du BET en 1916. Le territoire du Tchad a été érigé en colonie en 1920.

A l'arrivée des colons français, les royaumes sahéliens étaient structurés. La colonisation allait s'appuyer sur les populations du Sud face à la résistance opposée par les royaumes islamisés du Sahel. Le 26 août 1940, le territoire du Tchad se ralliait le premier à la France Libre du Général de Gaulle sous l'impulsion du Général Félix Eboué.

Après la deuxième guerre mondiale, les populations du Nord et du Centre prenaient conscience de leur mise à l'écart. En 1956 la loi cadre Gaston Deferre accordait une autonomie interne aux anciennes colonies.

Le 26 octobre 1958, l'Assemblée territoriale optait pour le Statut d'Etat membre de la Communauté. Le 28 novembre 1958, le Tchad est proclamé République et le 11 août 1960, il devient indépendant avec, comme Président, François Tombalbaye.

3. LE TCHAD D'AUJOURD'HUI

1) La première République


La Loi Constitutionnelle du 28 novembre 1960 arrête les grandes lignes de la politique du jeune Etat. Un système démocratique s'instaure en se basant sur la séparation des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. Une Assemblée Nationale a été cotée le 14 avril 1962; une nouvelle constitution a été adoptée où François Tombalbaye reçoit le titre de Président de la République.

Le Parti Progressiste Tchadien (PPT), parti unique, section du R.D.A. s'installe et se réclame «Mouvement Rassembleur» de toutes les forces en vue d'atteindre l'objectif commun: celui de l'unité nationale et du développement économique. En 1965, des troubles éclatent à Mangalmé (Centre-Est du pays) et entraînent la création du FROLINAT en 1966 à Nyala au Soudan. A partir de 1967, une grande partie du Nord et du Centre-est commence à échapper au contrôle des autorités centrales.

Le Vlle congrès du PPT de 1971 baptisé «Congrès de la réconciliation et du renouveau» n'a pas apporté de changement.

En 1973, le PPT est dissout et remplacé par le MNRCS (Mouvement National pour la Révolution Culturelle et Sociale) qui prône «l'authenticité» et le «retour aux sources». Cette nouvelle orientation n'a pas pour autant résolu les problèmes nais au contraire, elle les a aggravés.

2) La deuxième République

Le 13 avril 1975, un coup d'état militaire renverse le régime Tombalbaye et installe le Général Félix Malloum au pouvoir avec, comme organe politique, le Conseil Supérieur Militaire (CSM). Malheureusement le régime militaire ne parvient pas à résoudre les problèmes du pays.

Entre-temps, le FROLINAT continue sa lutte. Une fraction du FROLINAT, le CCFAN entre en négociation avec le CSM et signe à Khartoum en 1978 des accords de paix. De ses accords est née la Charte Fondamentale qui dissout le CCFAN et le CSM. Mais son application reste difficile et conduit le pays aux affrontements sanglants du 12 février 1979.

Pendant les affrontements avec les FAT, certaines fractions du FROLINAT interviennent aux côtés des FAN. D'autres négociations surviennent et aboutissent à la création du Gouvernement d'Union Nationale de Transition à Lagos en 1980. Le 11 mars 1980 éclataient les tragiques événements qui ont conduit à l'avènement au pouvoir d'Hissein Habré le 7 juin 1982.

3) La troisième République

En 1983 l'OUA reconnaissait le Gouvernement Hissein Habré. En août 1983 arrivait l'opération Manta avec 3000 hommes, qui s'installa le long du 15e parallèle: les forces de Goukouni occupaient le Nord avec les Libyens et les forces gouvernementales le Sud.

Le 17 septembre 1984, il a été signé l'accord sur le retrait total et simultané des troupes libyennes et françaises du Tchad. La réconciliation entre Goukouni Oueddei et Hissein Habré échoua.

En 1985, les opposants de l'extérieur se rallièrent, consolidant ainsi le régime autoritaire de Hissein Habré.

En 1986, les combats ont repris au BET. Goukouni Oueddei rompait avec la Libye, et les Forces Armées Populaires (FAP) ralliaient les FANT.

L'Opération Epervier a été mise en place. En décembre 1986 il y a eu les offensives libyennes au BET, auxquelles il y a eu les ripostes des FANT suivies de la prise de Fada, Ouadi-Doum et de Faya. Seul Aouzou était resté entre les mains des Libyens depuis 1987. En 1988, le Tchad et la Libye rétablissaient leurs relations diplomatiques. Monsieur Acheik Ibn Oumar, chef du Front Patriotique Tchadien regagna N'Djamena à l'issue de l'Accord de Bagdad signé le 19 novembre 1988 et devient Ministre des Affaires Etrangères.

En août 1989, le Tchad et la Libye signaient à Alger un accord au terme duquel une solution pacifique devrait être trouvée à leur différend frontalier au bout d'un an; sinon ils porteraient le différend devant la Cour Internationale de la Justice de La Haye dont ils s'engageaient à respecter le verdict.

Sur le plan interne, le régime Habré qui s'obstinait dans son refus d'amorcer un début de démocratisation a été soumis à une sérieuse contestation. C'est en avril 1989, qu'un groupe de chefs militaires tchadiens sous l'autorité du colonel Idriss Deby s'organisait à l'Est du Tchad.

Ils lancèrent une vaste opération militaire qui a eu raison du régime d'Hissein Habré le 1er décembre 1990.

Le nouveau chef de l'État, dans sa déclaration du 4 décembre 1990, a ouvert la porte à la démocratie multipartite.

Ainsi, le nouveau régime s'est doté d'abord d'une Charte Nationale promulguée le 28 février 1991. Elle mettait en place le pouvoir provisoire qui, en dépit de nombreux événements douloureux tant internes qu'externes, a conduit le pays à la Conférence Nationale Souveraine, forum tant attendu par le peuple tchadien tout entier.

De ces conclusions, une Charte de Transition régissant la vie nationale et un Cahier de Charges servant de programme politique du Gouvernement issue de la Charte de Transition ont été élaborés. La Charte de Transition met en place trois organes de transition: le Président de la République, le Premier Ministre et le Conseil Supérieur de la Transition (Parlement Provisoire). Par ailleurs, elle fixe la période de transition d'un an avec possibilité de la reconduire une seule fois.

La démocratisation initiée par la déclaration du 4 décembre 1990, a ouvert la voie à la création des partis politiques, à l'émergence d'une presse libre et au développement des associations de la société civile.

La réorganisation de l'appareil de l'État, les tentatives visant à assainir la crise économique, financière et les tensions sociales ont lourdement pesé sur la période de transition fixée par la Conférence Nationale Souveraine.

C'est ainsi que les acteurs politiques issus de la Conférence Nationale Souveraine ont usé de l'article 108 en prorogeant deux fois la période de transition d'une année chacune. Le Premier Ministre Djimasta Koïbla en est le troisième chef de Gouvernement.

A l'issue de cette transition, l'on débouchera sur la mise en place des nouvelles institutions issues des élections libres et transparentes...

En résumé :

L'État du Tchad dans ses frontières actuelles est une création de la colonisation européenne. Ses frontières résultent de négociations entre Français, Anglais et Allemands dans les années 1880. Mais l'espace tchadien possède une histoire riche et relativement bien connue. Il est sans doute un des berceaux de l'Humanité (découverte récente de « Toumaï »). Il a été le siège de trois grands royaumes sahéliens : le Kanem-Bornou, le Baguirmi et le Ouaddaï.

Considéré comme protectorat français à partir de 1900, le Tchad fut érigé en colonie en 1920 dans le cadre de l'AEF (Afrique équatoriale française). Sous l'impulsion du gouverneur Félix Eboué, il fut la première colonie française à se rallier à la France libre en 1940.

Devenu république autonome en 1958, le Tchad accéda à l'indépendance le 11 août 1960 sous la présidence de François Tombalbaye. Celui-ci dut bientôt faire face à la révolte des populations du Nord, en majorité musulmanes, ce qui l'amena à solliciter l'aide des troupes françaises en 1968. Après l'assassinat de Tombalbaye en 1975, le pouvoir échut au général Félix Malloum, qui dut céder la place au nordiste Goukouni Oueddei à la suite de la première bataille de Ndjamena en 1979. En 1980, la seconde bataille de Ndjamena permit à Goukouni Oueddei d'évincer son rival, Hissène Habré, avec l'aide décisive des troupes libyennes.

Après l'échec d'un projet de fusion entre le Tchad et la Libye en 1981, les troupes libyennes se retirèrent dans le cadre d'un accord conclu avec le gouvernement français. En 1982, Goukouni Oueddei fut renversé à son tour par Hissène Habré, qui dut faire appel l'année suivante aux troupes françaises pour contenir une nouvelle invasion libyenne. En 1987, une contre-offensive des forces tchadiennes contraignit finalement les troupes libyennes à évacuer le pays, à l'exception de la bande d'Aozou qui ne fut restituée au Tchad qu'en 1994.

En 1990, Hissène Habré fut chassé du pouvoir par Idriss Déby Itno, qui est en place depuis lors. Paradoxalement, ce dernier semble bénéficier aujourd'hui du soutien de la France et de la Libye, face aux divers mouvements de rébellion qui seraient plus ou moins encouragés par le Soudan voisin, en liaison avec le conflit du Darfour.

En février 2008, la rébellion tente de renverser le gouvernement d'Idriss Déby en pénétrant dans Ndjamena après une traversée du pays depuis le Soudan voisin.

Les rebelles, apparemment soutenus par le Soudan ont pris la capitale du pays N'Djamena, à l'exception de l'aéoport et du palais présidentiel où le président Idriss Déby semble s'être réfugié. La France évacue une partie de ses ressortissants. Le 4 février, le Conseil de sécurité de l'ONU condamne les attaques contre le gouvernement tchadien. L'armée tchadienne repousse les rebelles avec l'aide logistique de la France.

La stabilité régionale au Tchad est assurée conjointement par l'EUFOR (déployée en mars 2008 et comptant 3 000 soldats en juin 2008) et par les forces françaises de l'opération Epervier. Menant une guerre de mouvement, les rebelles venus du Soudan voisin, multiplient les attaques rapides dans l'est du pays avec pour but avoué la chute du gouvernement tchadien. En juin 2008, des combats ont opposés pour la première fois l'EUFOR et ces rebelles autour de la ville de Goz Beida, au sud d'Abéché.