SOCIAL

I. Education Nationale

Rendre le système éducatif tchadien performant afin de l'adapter aux réalités nationales, constitue la grande préoccupation du Gouvernement. C'est ainsi qu'il s'est attelé à la réhabilitation du système profondément affecté par la guerre de 1979-1982 avant de chercher, aujourd'hui à travers la Stratégie EFE (Education-Formation-Emploi) à l'orienter vers un développement rationnel les ressources humaines, perçu comme un facteur de développement socio-économique.

A. Le système éducatif

Il est structuré en un cycle primaire de six ans et un cycle secondaire de sept ans. L'Université de N'Djaména et quelques Ecoles Professionnelles complètent ce dispositif.

De nombreuses difficultés affectent la qualité de l'enseignement:

- Insuffisance des infrastructures scolaires;
- Insuffisance et manque de qualification du personnel enseignant;
- Pénurie de matériel didactique et fournitures scolaires;
- Fortes disparités entre les différentes régions et entre les sexes.

Ces facteurs propres au système éducatif viennent se greffer la crise économique qui secoue le pays et la pression démographique (2,4 % par an) ayant comme corollaire une incapacité de l'État à pourvoir le système des ressources financières suffisantes et une demande d'éducation de plus en plus croissante sans commune mesure avec les structures d'accueil existantes.

1) Enseignement Élémentaire

L'enseignement élémentaire se présente en un cycle de six ans dont deux cours préparatoires première et deuxième années (CP1, CP2), deux cours élémentaires première et deuxième années (CE1, CE2) et deux cours moyens première et deuxième années (CM1, CM2). La fin des études est sanctionnée par le diplôme de Certificat d'Études Primaires Élémentaires.

2) Enseignement Secondaire Général

L'enseignement secondaire général comprend un cycle de sept ans dont quatre conduisent au Brevet d'Études du Premier Cycle (BEPC) et trois au Baccalauréat. Pour l'année 1993/1994, 112 établissements ont été recensés et répartis en deux grandes catégories : 86 Collèges d'Enseignement Général (CEG) dont 16 privés et 26 Lycées dont 6 privés.
En effectif, on dénombre 69 784 élèves dont 17,5 % de filles et 16,6 % de redoublants. L'encadrement est assuré par 1893 enseignants dont 4,5 % de femmes 20,39 % de professeurs contractuels et 5,59 % de professeurs enseignant la langue arabe.

3) Enseignement technique et professionnel

L'enseignement technique comprend 18 établissements (2820 élèves en 1994) dont:
-3 lycées techniques: 1 lycée technique industriel à N'Djaména et deux lycées techniques commerciaux à N'Djaména et à Moundou;
- 14 Centres d'apprentissage dont 10 en activité.
L'enseignement technique et professionnel est caractérisé par: - la multidépendance (les actions sont éparpillées entre plusieurs ministères);
- la sous-qualification du corps enseignant et leur nombre insuffisant;
- les 80 % des élèves suivent une formation tertiaire;
- une tendance à produire des formations uniquement initiales, diplômates et finalement inadaptées aux besoins (une étude sur les besoins de la main d'œuvre est nécessaire afin d'établir des relations partenariales avec le secteur de production).

Dans la formation professionnelle, il existe au moins deux sous-systèmes de formation relevant de différents ministères:

Le sous-système de formation relevant du Ministère chargé du Travail:

Depuis la destruction du Centre de Formation Professionnelle, la direction de la Formation Professionnelle et du Perfectionnement ne dispose que d'une structure légère destinée à des actions de formation et de perfectionnement de courte durée.

Elle assure cependant la tutelle de 7 établissements appartenant à des institutions publiques ou privées (Chambre consulaire, SECADEV, Centres de Formation privés...)

Des établissements sont des structures de formation initiale qui développent égaiement une offre de formation continue (couture, mécanique-automobile, froid-climatisation, plomberie, soudure, électricité et énergie solaire, construction métaligue...)

Actuellement, à l'exception des centres créés avec l'aide des bailleurs de fonds internationaux et ceux gérés par des ONG, on observe dans les autres centres: une formation technique et pédagogique insuffisante des formateurs; la vétusté des infrastructures et des équipements; des programmes et moyens didactiques inadéquats à la diversification des modalités de formation.
Le sous-système relevant du Ministère chargé du Développement Rural. Il comprend 28 établissements (1050 élèves) répartis comme suit:

- un Collège d'Enseignement Technique (CETA) à Doyaba;
- une Ecole Technique Agricole (ETA) à Baïlli;
- 26 Centres de Formation Professionnelle et Agricole dont 9 gérés par les ONG.
La formation au niveau du CETA et de l'ETA a tendance à produire des diplômés pour la Fonction Publique sans prendre en compte les réalités technico-économiques du monde rural.

Quant aux CFPA qui fonctionnent en synergie avec les groupements villageois, le problème posé est celui de la coordination entre les ONG qui agissent de manière Bolée et quelque peu anarchique. Leur reconversion en Centres de Formation pour la Promotion Rurale est en cours afin d'aider le monde rural à mieux maîtriser les facteurs de production.

En dehors de ces deux réseaux, il existe plusieurs structures de formation publiques ou privées. Cette prolifération comporte l'inconvénient majeur qui est le manque de coordination et de gestion efficace de l'ensemble de la formation professionnelle.

4) L'enseignement supérieur

L'enseignement supérieur comprend l'Université de N'Djaména et l'Université privée (Université Roi Fayçal).

L'Université du Tchad devenue Université de N'Djamena en 1994 suite aux recommandations de la Conférence Nationale Souveraine comporte quatre facultés:

- Faculté des Sciences Juridiques, Economiques et de Gestion
- Faculté des Lettres et Sciences Humaines
- Faculté des Sciences Exactes et Appliquées
- Faculté des Sciences de la Santé.

L'accès à l'Université est conditionné par le baccalauréat pour les élèves et l'admission à un concours spécial pour les fonctionnaires. Le diplôme d'Etudes Universitaires Générales (DEUG) sanctionne deux années d'études et la licence trois années.

Sur les 2771 étudiants (301 filles) en 1993-1994 que compte l'Université de N'Djaména, on note une forte concentration en droit, en lettres modernes et en sciences humaines (plus de 60 %). Ce qui fait dire que les formations actuelles sont trop générales et ne permettent pas une préparation adéquate à la vie active. L'Université fonctionne dans un état de dénuement extrême:

- des locaux exigus: les infrastructures datent de sa création (1971). Aucune extension, équipements vétustes...
- un personnel numériquement insuffisant: sur 155 enseignants, 82 sont des vacataires (1991-1992);
- équipement sommaire des laboratoires et de l'administration
- des conditions de vie difficiles de la grande majorité des étudiants (pas de bourse en 1 année et des bourses sporadiques pour les 2e et 3e années)...

Un renforcement institutionnel y est en cours dans le but d'adapter l'enseignement à l'emploi. Quant à l'Université Roi Fayçal, elle est de création récente (1992) et comprend deux facultés: une faculté de langue (82 étudiants) et une faculté d'études pédagogiques (41 étudiants).

B. La scolarisation des filles

Le Gouvernement tchadien, en accord avec les partenaires de développement et en se référant à toutes les conventions internationales aux droits de l'homme d'une part, et à la déclaration sur «l'Éducation pour Tous» de la Conférence Mondiale de Jomtien d'autre part, a mis en chantier un projet ambitieux d'éducation en liaison avec l'emploi (EFE) en ce qui concerne la scolarisation des filles et dont les objectifs sont:

- porter les taux d'accès au CP1 à 70
- réduire les disparités constatées dans les taux nets de scolarisation entre les filles 26,7 % et les garçons 52,6 %.

Les principales activités devant conduire à la réalisation de cet objectif sont:

- la sensibilisation et la mobilisation sociale des populations en faveur de la scolarisation des filles;
- l'allégement des charges relatives aux travaux effectués par les filles et les femmes; - l'appui aux parents d'élèves (allégement de certains coûts et frais de scolarité supportés par les familles);
- l'intégration des modules de formation des enseignements sur la problématique de la scolarisation des filles,
- l'instauration d'un système de guidance pour les filles;
- la recherche, le suivi et l'évaluation.

Ces activités planifiées seront exécutées en collaboration avec les structures existantes du Ministère de l'Éducation Nationale et d'autres ministères impliqués tels que le Ministère de la Communication, le Ministère de l'Enfance, de la Femme et des Affaires Sociales, le Ministère de la Santé Publique, les Associations Féminines et celles ayant les mêmes objectifs, les leaders d'opinions, les Partis politiques et les ONG œuvrant en faveur de la scolarisation des filles.

C. La stratégie «Education- Formation- Emploi» (EFE)

La stratégie Education-Formation-Emploi est initiée par le Gouvernement afin de corriger les nombreux maux dont souffre l'éducation. Elle a pour but d'insérer l'éducation et la formation dans le dispositif de redressement national et d'édification d'une économie fondée sur le désengagement progressif de l'État et le développement de l'initiative privée. Elle est axée sur deux orientations fondamentales:

- l'amélioration de la qualité et du rendement du système d'éducation et de formation;
- l'accroissement modéré des effectifs des apprenants.

Mais à cause des handicaps majeurs au développement que représentent notamment un fort taux d'analphabétisme (70 %), une pression démographique élevée et importante, des restrictions budgétaires drastiques, des priorités d'intervention dans le système d'éducation et de formation sont retenues, par ordre:

- l'Enseignement de base;
- l'Enseignement Technique et Professionnel;
- le Perfectionnement et la formation professionnelle en modalités de transition vers l'emploi et l'auto-emploi;
- le développement modéré de l'Enseignement Secondaire Général et sa diversification vers le secteur privé;
- le renforcement et le rassemblement des moyens d'enseignement;
- le développement institutionnel en matière d'éducation et de formation;
- l'Enseignement Supérieur et la Recherche Scientifique.
Malgré une volonté manifeste de promouvoir l'éducation et la formation (organisation des Etats Généraux de l'Education en Octobre 1994), l'État se trouve confronté à un problème de taille qui est la restriction budgétaire: de 16,5% en 1983, le budget de fonctionnement de l'éducation a fléchi à 13,8 % en 1989 et 18,9 % en 1992. Pourtant, il s'est engagé à faire passer à 20 % du budget national sa contribution au financement du secteur éducatif à l'horizon 2000.

Il faut toutefois se rendre à l'évidence que les ressources financières de l'État s'avèrent largement insuffisantes pour répondre aux multiples besoins du secteur. Il faudrait pour cela qu'il trouve des sources de financement complémentaires, notamment des familles, des communautés locales et de la Communauté Internationale des bailleurs de fonds dont la contribution dans le secteur est très appréciable.

II. Santé publique

«Assurer à la population l'accès à des services de base de qualité d'ici l'an 2000»: tel est l'objectif primordial que se fixe le Gouvernement en matière de santé, rejoignant ainsi la philosophie de l'Organisation Mondiale de la Santé.

Mais, devant cette volonté affirmée du Gouvernement, il existe d'énormes difficultés tant d'ordre professionnel que matériel. La couverture sanitaire actuelle ne répond pas à la demande globale de la population: 1,4 médecin pour plus de 100 000 habitants et une insuffisance notoire de spécialistes de toutes catégories et de paramédicaux. Les formations sanitaires sont en nombre insuffisant. Les moyens roulants pour des cas d'urgence, les matériaux biomédicaux tels que les microscopes, radios, instruments d'examens médicaux de tous genres font cruellement défaut.

Le concours des partenaires du développement a pourtant permis au Tchad de réhabiliter et d'équiper une partie importante de ses structures sanitaires détruites par la guerre de 1979-1982. Ce concours à également contribué à la mise en place des projets et programmes de lutte contre les maladies suivantes: le paludisme, la cécité, la trypoanosomiase, la lèpre, l'onchocercose, la tuberculose, les maladies infantiles, les infections respiratoires aiguës, les maladies diarrhéiques, les vers de Guinée et le Sida.

Conscient de l'ampleur de la tâche, le Gouvernement entend atteindre l'objectif primordial cité ci-dessus par la réalisation des objectifs intermédiaires définis au cours de la Table Ronde Sectorielle Santé/Affaires Sociales tenue en janvier 1993 à N'Djaména et qui est en cours d'exécution à travers certains programmes cités plus haut.

1) La santé maternelle infantile et immunisation contre les principales maladies infectieuses

- réduire le taux de mortalité infantile de 180 à 120 pour mille;
- augmenter le dépistage des accouchements à risque;
- réduire la mortalité maternelle;
- augmenter le taux de couverture vaccinale pour le porter à 60 % en l'an 2000 et à 80 % en l'an 2005;
- traiter 90 % des cas de diarrhée par TRO (Thérapie de Réhydratation par Voie Orale).

2) La promotion nutritionnelle

- réduire le nombre d'enfants qui ont un poids à la naissance inférieur à 2,5 kg;
- augmenter le suivi de la croissance des enfants de 0 à 5 ans et la prise en charge des enfants malnutris.

3) La disponibilité en médicaments essentiels

- assurer la disponibilité en médicaments essentiels dans toutes les formations sanitaires publiques et à but non lucratif.

4) Eau potable et assainissement

- assurer la disponibilité en eau saine à 50 % de la population d'ici l'an 2005 et à 70 % en l'an 2015;
- augmenter les latrines à la maison et dans les services publics (écoles, dispensaires...)

5) Prévention et contrôle des maladies localement endémiques

- réduire la mortalité et la morbidité pour les maladies suivantes: paludisme, lèpre, tuberculose, onchocercose, trypanosomiase, dracunculose, MST/SIDA.

6) Bien-être familial

- augmenter le taux de prévalence contraceptive pour le porter de 1 % à 10% en l'an 2000 et à 30% en l'an 2015.

En outre, un vaste programme de formation est retenu dans la priorisation des investissements en matière de santé, programme se traduisant par un impact considérable sur le budget du Ministère de la Santé Publique (43,6% à 97%) selon l'hypothèse de couverture sanitaire retenue.

La capacité de l'État à réaliser seul ces objectifs ainsi que cette augmentation du budget de formation du personnel n'est pas évidente. C'est pourquoi des réflexions sur un partenariat Etat - Population et Aide Extérieure de manière à définir une certaine forme de privatisation sont en cours. L'érection de l'Hôpital Central de N'Djamena en 1994 en un Hôpital Général de Référence Nationale est un prélude à de profondes réformes dans le secteur.

A. La condition de la femme

Afin d'améliorer la condition de la femme et de l'intégrer dans le processus du développement, le Gouvernement à créé une institution à un haut niveau (décret 759/PR/MCFAS/93 du 27 décembre 1993): le Ministère de l'Enfance, de la Femme et des Affaires Sociales qui mène de nombreuses actions dans des domaines variés, notamment:

- le développement communautaire
- la protection et la promotion familiale
- la protection de l'enfance et des personnes handicapées
- la réinsertion sociale.

Il travaille en étroite collaboration avec les Ministères de la Santé Publique, du Développement Rural, de l'Éducation Nationale, les ONG et les autres institutions impliquées dans la promotion de la femme au développement.

Des études sont en cours pour déterminer les besoins relatifs à l'intégration de la femme dans le développement. Sont en pleine activité des centres, des foyers féminins et des groupements précoopératifs pour l'encadrement, l'animation et la formation des femmes aux technologies appropriées (foyers améliorés, moulins, charrues etc...), pour l'enseignement ménager et à l'économie familiale (par exemple savoir tenir un budget). Des émissions radiodiffusées, des magazines et des pages spéciales sur les femmes sont réalisés.

Depuis 1987, le Tchad célèbre chaque année la journée internationale de la femme. Une semaine dénommée

SEMAINE NATIONALE DE LA FEMME TCHADIENNE (SENAFET) est instituée et se traduit par de nombreuses manifestations (conférences-débats, expositions-ventes, sports...)

Mais assez souvent, les femmes s'organisent elles-mêmes à travers des regroupements indépendants des structures de l'État, en tontines et associations de diverses natures: Association des Femmes Tchadiennes pour le Développement, Association des Femmes Juristes du Tchad, Association des Femmes Amies du Tchad, Association des Jeunes Filles pour le Développement...

On trouve les femmes dans toutes les structures de prise de décision de l'État: Gouvernement, Magistrature, Parlement... même si le taux de représentation reste relativement faible. Les partis politiques, les syndicats, les organisations religieuses... renferment en leur sein des cellules d'animation et d'encadrement des femmes.

Sur le plan institutionnel, le Tchad a ratifié la Convention des Nations Unies sur l'Élimination de toutes les Formes de Discrimination à l'égard de la Femme. Un Code de la Famille est en cours d'élaboration.

Un Comité National d'Intégration de la Femme au Développement est créé pour réfléchir sur les problèmes spécifiques à la promotion de la femme.

B. La condition de l'enfant

Comme la femme, l'enfant fait partie des groupes vulnérables et défavorisés. Beaucoup d'efforts sont faits ces dernières années tant du côté de l'État que des ONG en sa faveur.

a) Du côté de l'État, l'on notera la mise sur pied du programme urbain en faveur des enfants en circonstance particulièrement difficile, le placement en milieu fermé (Centre Espoir pour l'Enfance de Koundoul) de plus de 50 enfants de la rue, l'encadrement de la petite enfance et la coordination des activités des jardins d'enfants privés, l'organisation de la journée de l'Enfant Africain et du Sommet Mondial de l'Enfant...

b) Du côté des ONG, l'Association Tchadienne pour le Bien-Etre Familial inscrit dans ses objectifs la protection des droits de l'enfant, la sensibilisation des parents pour assurer de bonnes conditions de vie à leurs enfants, la préparation des jeunes à la vie familiale et à la parenté responsable. Quelques ONG regroupent et encadrent des enfants de la rue ou en d'autres circonstances difficiles en leur apprenant des métiers (menuiserie, maçonnerie, réparation automobile...). Toutes ces actions ont pour dénominateur commun la prévention de la délinquance juvénile et de la prostitution précoce. Notons enfin que le Tchad est signataire des textes internationaux de l'ONU sur les droits de l'enfant. Il a également adhéré à la Charte Africaine des Droits de l'Enfant.

Dans le cas de l'enfant comme celui de la femme, le Gouvernement se heurte à de sérieuses contraintes qui empêchent le déploiement significatif de ses actions à travers tout le pays: les besoins ne sont pas bien identifiés; ce qui empêche toute planification des actions, une insuffisance numérique et qualitative du per¬sonnel et des structures d'accueil, une inadéquation des équipements...

Pour mener à bien ses actions, l'État aura intérêt à mettre rapidement en place une véritable politique sociale et garantir la stabilité institutionnelle du département.